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31 ottobre

08 - Maëna

 
" - Alors, ça te fait quoi de dire bonjour à "Mr Baiser fougeux" ? me demanda Lisa, malicieuse, après avoir quitté Romain et Alex.
 
- Pffff, t'es conne ! Si on devait prendre au sérieux tout ce qui se passe pendant les fêtes étudiantes, on n'est pas rendues !
 
- Attends attends, c'était du sérieux ce baiser, moi je te le dit ! Et vous n'étiez même pas bourrés !! Avoue qu'il te fait de l'effet ce mec !
 
- Il est mignon, certes, mais ça s'arrête là, et ce qu'on a fait l'année dernière, c'était une erreur ! mentis-je... Je sais pas moi... le désespoir du célibataire, une ambiance de fête, un p'tit moment de folie, et voilà on se laisse aller ! On en profite sur le coup, et après on oublie.  
 
- Donc là tu vas me faire croire que tu lui as fait la bise sans repenser à cet épisode ?
 
- Exactement, mentis-je une seconde fois.
 
- Et je suppose que c'est aussi parce que tu as totalement oublié cet "incident" que tu as continué à le regarder jusqu'à ce qu'il sorte de l'amphi ? Très cohérent ! " ironisa-t-elle
 
 
Bon, voilà, Lisa savait. J'ai beau essayé d'être discrète, de nier, et même de mentir... rien n'y fait. Elle voit tout et elle arrive toujours à me faire dire ce qu'elle veut entendre ! Elle me connaît si bien !
NON le baiser n'était pas une erreur, OUI je repense tout le temps à cet épisode, NON je n'ai rien oublié, et merde OUI ce mec me fait de l'effet ! Ce mec rend folle...
Il suffit que j'entende quelqu'un prononcer "Alex", ça y est mon coeur s'emballe, mes mains deviennent moites, je sens cette petite boule dans ma poitrine. Cette petite boule d'amour qui peut être pleine de larmes et de déception ou pleine de joie, de tendresse, de bonheur. Je ne sais pas ce qu'elle me réserve cette petite boule et ça me rend tellement bizarre, tellement ailleurs... J'ai parfois l'impression d'être une adolescente amoureuse pour la première fois, l'adolescente que j'étais il y a déjà plusieurs années, l'adolescente naïve et passionée, la fille un peu hystérique qui s'emballe vite, prête à tout donner.
 
Le revoir, le toucher... Je n'osais pas lever les yeux. Peur qu'il lise dans mon regard mon obsession et mes sentiments pour lui. Mais j'ai réalisé à temps que je me comportais comme une lâche... Je crois que je lui ai souris. Il a fait de même et tout s'est brouillé dans ma tête, j'ai eu envie de sauter, de crier, j'ai eu envie d'y croire. Dans son sourire franc, oui, j'y ai vu un aperçu de ce que pourrait être notre histoire. Et ça m'a plu. J'aurai tellement aimé faire quelque chose... Mais quoi ? Et puis on dit que c'est à l'homme de faire le premier pas non ? Alors j'aurai aimé qu'il enlève ses mains de ses foutues poches, qu'il en mette une dans le creux de mon dos, l'autre à ma nuque... et là j'aurai fait un effort, je crois que je l'aurai embrassé sans attendre que ce soit lui qui le fasse.
Et quel soulagement quand il a tourné la tête avant de passer la porte de l'amphi ! Je sais que c'est complètement puéril et idiot mais je me suis dit : "s'il te regarde avant de sortir, il t'aime, tu as tes chances." J'ai sentis mon coeur déborder d'espoir lorsque j'ai croisé son regard à la fois doux et étonné de constater que je ne l'avais pas quitté des yeux.
 
Je suis Lisa dans les couloirs, je ne sais même pas en quel cours nous allons, je ne pense qu'à lui.
 
 
28 ottobre

07 - Alex

 

Mes yeux se posèrent sur le réveil. Instantanément, ma tête retomba lourdement sur l’oreiller comme si je venais de faire l’effort du siècle. Tout en me blottissant sous la couette, l’esprit mi-réveillé mi-somnolant, je pris conscience des chiffres que je venais de voir : 7h51… Il me fallu plusieurs minutes pour réaliser que je devais être levé depuis une demi-heure au moins étant donné que les cours commençaient à 8h. Je bondis hors du lit avec une énergie qui m’étonna moi-même, à la recherche de vêtements convenables.

Alors que je m’activais comme un fou, en fouillant désespérément dans les placards, Romain dans le lit d’à côté, me demanda d’une voix pâteuse :

« Qu’est ce que tu fais ?

-          Ducon, il est presque 8h ! On va être en retard ! Aller lève toi ! » 

Apparemment moins nerveux que moi, il s’extirpa du lit doucement en prenant le temps de se frotter les yeux.

Je pensai pour moi-même : «  c’est bien ma veine, juste le jour de la rentré… »

Vaguement suspicieux, je me retournai vers mon camarade après avoir enfilé un tee-shirt :

« Mais c’est pas toi qui devais programmer le réveil ?

-          Hey oh on se calme là ! Tu te rappels pas ? On a joué aux échecs jusqu’à pas d’heure ! Je suppose qu’on est tombé de fatigue avant qu’on est eu le temps de programmer ce putain de réveil à la con !! s’exclama-t-il  rn montrant le réveil en question. »

Je regardais à mon tour d’un air perplexe l’objet du diable, celui qui nous fera arriver en retard.

Romain ajouta :

« Bon c’est pas le tout mais moi j’y vais pas sans avoir mangé quelque chose !

-          Tu déconnes ? Il est 8h, tout le monde doit être déjà dans l’amphi’ et toi tu penses qu’à bouffer ? Aller magne toi ! » 

Je saisis en vitesse mon sac et sortis précipitamment de la pièce courant, slalomant entre les élèves pour atteindre l’amphi’ 2. 

*****

Une fois arrivés, nous pûmes constater que les portes venaient juste d’être ouvertes, les élèves entrant doucement les uns après les autres. Je lâchai un soupir de soulagement : par chance, je n’allai pas me taper l’affiche juste le jour de la rentrée.

J’entrai dans l’amphithéâtre et m’assis vers le milieu avec Romain là où je trouvai de la place. Le temps que les deux professeurs s’occupant de la présentation arrivent, je jetai un regard circulaire reconnaissant ici et là, des visages familiers.

Mes yeux se posèrent alors sur mon voisin d’à côté : c’était drôle, il me disait vaguement quelque chose. J’avais dû le croiser ici, un jour ou l’autre. Il semblait être absorber par l’observation des gens qui remplissaient l’amphi’ ce qui m’arracha un sourire ; je n’étais pas le seul à m’adonner à ce petit jeu.

Romain se pencha alors vers moi pour me demander : 

« Alors, tu as vu Maëna quelque part ? »

A la simple entente de son nom, mon cœur manqua un battement. Etant donné que c’était la présentation générale pour les secondes années, elle devait se trouver là en effet… Après une courte hésitation, je me retournai dans l’espoir de l’apercevoir derrière moi. Je ne fus pas long à la trouver : elle était assise trois rang plus haut avec une de ses amies, Lisa je crois. Elle riait. Elle avait sûrement dû m’oublier depuis tout ce temps. Ce n’était pas mon cas… mais merde, c’était quoi mon problème à la fin ? Je la vis rejeter négligemment en arrière une mèche qui lui retombait sur le visage : je l’avais déjà vu faire et j’avais toujours trouvé ça adorable.

Romain me sortit de ma rêverie en me chuchotant : 

« Niveau discrétion, tu repasseras. »

Je me retournai légèrement gêner d’avoir été pris sur le fait. Je ne pus m’empêcher de rire en voyant l’air moqueur qu’essayait de masquer vaillamment mon ami. Il me regarda  interloqué puis rit à son tour.

Enfin la présentation commença.

Ca ne changeait pas vraiment de l’année dernière : nous reçûmes tour à tour papier administratif, emploi du temps, salles de classe, professeurs…

Alors que je notais distraitement l’emploi du temps projeté sur le mur, mon voisin se pencha vers moi pour me demander : 

« Au fait, la prof de psycho sociale c’est bien Madame Le Sage ?

-          Ah non, pas Le Sage, Le Page ! »

Je rectifiai sur son emploi du temps, le nom mal orthographié. Il me regarda alors avec un sourire en coin avant de me remercier. 

«  Y a pas de quoi, répondis-je dans un murmure. »

Je lui demandai à mon tour :

« Tu es en quelle classe ?

-          En numéro 2, mais c’est ma première année ici ; je viens de Lyon. Et toi ?

-          Dans la 3 mais moi j’ai toujours été ici, hélas. » 

Il sourit timidement de ma remarque avant de s’exclamer :

« Au fait, on n’a pas fait les présentations : moi c’est Mathieu, dit-il en me tendant la main.

-          Alexandre, mais tout le monde m’appelle Alex, répondis- je à mon tour. » 

Voyant que tout le monde se levait, nous suivîmes le mouvement. Je jetai un rapide coup d’œil à mon montre : encore cinq minutes avant que la sonnerie annonçant le premier cours-classe retentisse.

« Pour une fois qu’ils sont en avance…  pensais-je pour moi-même. »

Pendant ce brève échappatoire, Mathieu  s’était déjà éloigné, se dirigeant vers la porte de sorti. Il m’adressa un « A la prochaine » avant de faire signe à quelqu’un derrière moi. A peine eu-je le temps de répondre qu’il s’était déjà éclipsé.

C’est alors que j’entendis quelqu’un s’exclamer : 

« Hey ! Romain, Alex ! »

Nous nous retournâmes en même temps pour apercevoir Lisa qui nous faisait signe et s’approchait déjà de nous.

Voilà, on y était.  Ce moment que je redoutais et attendait tellement à la fois.

Derrière Lisa, Maëna. Si je n’avais pas eu des tendances paranos, j’aurais juré que son regard fuyait, trahissant l’envie de s’échapper de cette situation. Lisa, souriante comme à son habitude, commença à dire bonjour à Romain puis vint à ma rencontre. Quand ce fut au tour de Maëna, j’entendis mon cœur palpiter à tout rompre. Je cachais mes mains tremblantes dans mes poches histoire de paraître plus détendu – je doute que ce fut le cas.

Elle était devant moi. Elle fuyait mon regard, alors que moi dans une intention on ne peut plus kamikaze, je recherchais ses yeux pour pouvoir y lire quelque chose : peur, indifférence… qu’importe. Mais qu’elle me regarde enfin.

C’est avec une étrange rapidité qu’elle me piqua deux bises : instantanément, comme ancré dans ma peau, ce simple contact me fit frissonner tout entier.

Elle s’éloigna, toussa avec gêne puis regarda son amie, visiblement en pleine discussion avec Romain.

Elle n’eu pas d’autre choix. Elle leva les yeux vers moi et à ma grande stupéfaction me sourit. Timide mais sincère. Je compris alors pourquoi elle avait occupé mes pensées tout l’été. Je lui rendis son sourire. J’aurais aimé faire quelque chose : mais je ne pouvais rien faire. Pas plus m’approcher d’un pas ou lui prendre la main que de la plaquer brusquement contre le bureau en l’embrassement fougueusement. Hélas. Je n’avais jamais été doué dans ce genre de situation.

Je réalisai alors que j’avais trois regards dubitatifs posés sur moi et que jusqu'à alors immergé dans mes fantasmes inavoués, je n’avais rien vu.

Sans comprendre, je me redressai en m’exclamant : 

« Bon, c’est pas tout ça, mais va falloir y aller ! »

Je pris congé sans autre forme d’explication entrainant Romain avec moi.

Juste avant de passer la porte, je me retournai : elle me regardait.